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La face dévoilée de La Face Cachée

Créée par Médéric Keble en 2004, initialement située rue des Allemands à Metz, La Face Cachée a commencé avec la collection de disques personnelle de Médéric. Elle a commencé en plein creux de la vague, quand tout le monde s’en foutait des vinyles. Mais entre temps l’ancêtre du CD est revenu en vogue et la Face Cachée aussi. Depuis leur relocalisation rue du Lancieu, leur fréquentation a doublé. Constitué de cinq employés (Florian, Médé, Delphine, Jennie et Julien) et d’innombrables fidèles, ce disquaire a également créé plusieurs labels (Specific Recordings, Replica, Night Records et 213 Records) regroupant une centaine d’artistes. SANAT a eu l’occasion de rencontrer une partie de l’équipe lors du vernissage de son 4ème magazine qui s’est déroulé dans ce lieu chaleureux. Nous avons donc pu discuter avec Florian Schall qui a rejoint l’équipe en 2010 après avoir été booker à Metz.

Globalement, que penses-tu des autres distributeurs de musique ?
Je suis content quand il y a de la musique qui circule, quelle que soit la façon. C’est sûr que je ne me retrouve pas dans la démarche de ces distributeurs de musiques tels qu’Amazon ou la FNAC qui ont des prix ou même des stratégies commerciales qui sont absolument puantes. Après, je soutiens toute initiative de distribution, de propagation et de diffusion de la musique. Avec les disquaires de Metz et plus généralement en France on s’entend très bien. C’est plus compliqué parfois avec les majors comme Universal, Sony, Warner et tous les distributeurs intermédiaires genre Pias, Big Wax, la Baleine etc. Nous, à la Face Cachée, ce qu’on aime, c’est faire la distribution nous-même, parce qu’on a la chance d’avoir beaucoup de place, donc on a très tôt mis en place des réseaux de distribution alternative. Plutôt que de privilégier des majors, on préfère échanger nos productions via nos labels avec d’autres labels qui sont un peu comme nous, qui font le même boulot. Ça permet de créer un réseau « équitable » qui peut proposer des disques moins chers et avec une sélection différente de ce qu’Amazon ou la Fnac proposent.

Comment sélectionnes-tu les vinyles et CD qui vont être vendus dans la boutique ?
Pour ce qui est de l’occasion, on rachète des collections de disques à des particuliers. On sélectionne selon ce qu’on a envie d’avoir au magasin mais comme on est généraliste on prend un peu tout. Après il y a des trucs qu’on va moins favoriser, par exemple tout ce qui est musique classique ou variété française : on en a mais on ne va pas miser toute notre thune là-dedans. Pour le neuf, je m’occupe généralement des commandes pour le magasin. Je fais en fonction de ma culture musicale bien entendu mais j’aime aussi tenter des trucs, par exemple je suis vachement branché musique féminine donc tu vas trouver un choix en musique faite par des femmes dans notre magasin que tu ne vas pas beaucoup retrouver dans d’autres magasins. Quand je commande, je sais que je commande des trucs de nanas obscures, de groupes de meufs dont tu n’as jamais entendu parler. Après on fait aussi en fonction des conseils que nous filent les clients. Moi de derrière mon comptoir,
je ne prétends pas mieux connaitre la musique qu’eux donc je suis toujours à l’écoute des bons conseils des gens. On a la chance au magasin d’avoir une culture relativement large donc tu vas retrouver dans les bacs aussi bien du hip-hop allemand féministe que du black métal super dégueulasse ou de la soul funk qui fait bien bouger.

Pourquoi avoir fait le choix d’héberger des showcases ?
Dès l’ouverture du nouveau magasin en février 2013, on a commencé à faire des showcases parce qu’on est des amateurs de musique live et puis, comme on avait de la place, on s’est dit autant proposer un spot à tous les artistes locaux qui parfois galèrent pour jouer. On n’a jamais dit non à un groupe à cause de son style de musique ou parce qu’il avait fait juste trois concerts, tous les groupes ont leur place chez nous. On se veut un soutien de la scène locale, on a une belle sélection de CD et de vinyles de musiques du coin, on a toujours privilégié et mis ça en avant. Sur le label La Face Cachée, il n’y a que des artistes locaux par exemple. Les showcases c’est vraiment pour ça, pour compléter la démarche globale de soutien à la scène locale. On n’est rien sans les groupes qui sont aussi parfois nos premiers clients, il faut qu’on se soutienne les uns et les autres.

Globalement que penses-tu de la scène musicale et plus généralement culturelle de Metz ?
Je pense que c’est une scène intéressante qui est en constante évolution, même si on n’a pas forcément de gros noms qui pourrait mettre la ville de Metz sur la carte culturelle parisienne. Généralement, les noms qui ressortent, c’est Chapelier Fou pour les musiques grand public et puis Noir Boy George pour le côté alternatif. Mais j’ai l’impression que les gens pensent qu’il n’y a rien entre les deux alors qu’il se passe vraiment plein de choses, que ce soit dans les musiques improvisées, avant-gardistes, expérimentales, où ça bidouille, ou alors dans les musiques plus hards, plus punks. J’ai l’impression qu’il y a aussi une belle scène rap qui commence à émerger depuis trois-quatre ans. Après, on a assisté à des vagues : le Château 404 est en péril, la Chaouée est en péril et on sent bien qu’il y a une chute de la vie culturelle messine. C’était déjà comme ça par le passé ; moi personnellement, j’avais déjà investi des lieux qui ont par la suite fermé. Donc tu vois, ça fonctionne un peu comme ça, par vagues, mais il y a toujours eu une effervescence et elle se voit d’autant plus quand tu la mets en comparaison de l’activité à Nancy. Nancy, c’est une ville beaucoup plus grande avec des artistes peut-être beaucoup plus connus mais on s’accorde toujours à dire que Metz bouge dix fois plus.

Je trouve personnellement qu’il n’y a pas assez de lieux à Metz.
Ah oui, ça c’est toujours le problème !

Parce que c’est bien beau d’avoir des artistes mais si tu ne peux pas les mettre en scène…
C’est pour ça qu’il n’y a qu’à Metz qu’on trouve des choses comme les concerts Sous le Pont. C’est quelque chose qui s’est créé en réaction à la pénurie de lieux et puis aussi pour avoir un lieu où on peut s’exprimer. Je veux dire, le souhait des gens qui organisent des concerts c’est d’avoir des lieux à taille humaine, des jauges de maxi 200-300 personnes quoi. On ne veut pas que des BAM. En termes de lieux, par rapport à d’autres villes, c’est un peu la misère mais bon…

Que penses-tu de l’industrie musicale dans sa globalité ?
Moi j’ai travaillé à l’usine donc je ne sais pas si mon avis peut compter ! (rire) Je suis très perplexe face à comment fonctionne l’industrie et la musique en règle générale… Moi je viens du punk hardcore, de l’émo, de tous ces genres qui étaient dans les années 90 très ancrés dans le partage et dans le circuit court : tu fais un disque par tes propres moyens puis tu vas le distribuer directement aux gens. L’industrie, elle, elle met en place tellement d’intermédiaires pour faire du fric que quand toi tu veux faire ça de façon industrielle, tu gagnes pas vraiment d’argent. La création musicale n’est pas régie par les réseaux de distribution. Il y a des disques bouleversants qui ont été produits de façon complètement industrielle mais après c’est une question de sensibilité musicale face à l’œuvre.

L’esprit du punk en général c’est le DIY (Do It Yourself), en mode on se démerde, et peut-être que la démerde ça amène aussi un truc en plus ?
Oui bien sûr. Je vais prendre un exemple d’un label que je respecte beaucoup qui s’appelle Dischord, qui est un label de Washington fondé par les mecs de Minor Threat et Fugazie. C’est un label qui a plus de 150 sorties, ils ont vendu des milliers et des milliers de disques. Ils essayent de tout faire eux-mêmes mais il y a certains aspects qu’ils ne peuvent pas gérer tout seuls par exemple la distribution. Quand tu es un magasin de disques, tu es obligé de faire partie de cette chaîne là, industrielle, pour pouvoir accéder à certaines choses.

Et en termes de production ?
Concernant Specifc, nos pochettes sont généralement créées par Jennie et le master est pris en charge par Julien. Par contre, pour fabriquer l’objet malheureusement on n’a pas ce savoir-là, pas les moyens, pas la place donc on fait appel à une entreprise qui presse pour nous. Ceci dit, nos disques n’ont certes pas cet écrin Do It Yourself parce qu’ils sont manufacturés mais ça ne leur enlève pas, je pense, leur sincérité ou leur beauté. On ne va jamais s’appeler DIY, même si on fait beaucoup de choses nous-mêmes, même si on a ce genre de démarche et de « stratégie » (j’aime pas du tout ce mot mais bon) : nos disques sont pas chers, on fait beaucoup d’échanges avec les plus petits distributeurs et labels, on vient de ce milieu là et qu’on a envie de continuer à rester là, on n’a pas nécessairement envie d’accéder à un autre niveau.

 

La Face Cachée
6 rue du Lancieu 57000 Metz
https://www.la-face-cachee.com
A retrouver aussi sur Facebook, Discogs et Bandcamp

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